Georges Brassens, chanteur compositeur poète français engagé

Brassens et sa moustache.
Brassens et sa moustache.

Georges Brassens est né en 1921 et a écrit plus de 200 chansons !

De famille française habitant à Sète, père ouvrier, sa mère était d’origine italienne. Encore un artiste d’origine italienne ! (voir article Serge Reggiani.)

Déjà son père était libre penseur, anti-clérical, ce que sera pour le moins Brassens. Sa mère était tout le contraire…

Un chemin sinueux pour le jeune Brassens

Peu intéressé par l’école, Georges Brassens se voit interdire la musique par sa mère pour travailler à l’école. Comme quoi l’interdiction peut être une forte motivation pour un enfant à faire le contraire!

Très vite attiré par la poésie, il l’est aussi par la musique et marqué par Charles Trenet.

Mais Brassens est aussi happé par la bande de copains qui l’entraînent vers quelques larcins qui se finissent devant la police. S’ensuit une condamnation à la prison avec sursis. Comme quoi on peut tous faire des erreurs de jeunesse … sans pour autant être perdus pour la société ! La chanson « La mauvaise réputation » est affiliée probablement de cet épisode. Son père ne lui fait pas de reproche. Il lui rendra hommage dans une de ses chansons : « les quatre bacheliers ».

Il part à Paris en 1939 à 18 ans. Georges Brassens apprend par lui-même le piano chez sa tante, sans connaître le solfège. Il reste à Paris pendant l’occupation et passe une grande partie de son temps en bibliothèque où il lit Villon, Verlaine etc, Brassens se lance dans l’écriture de poèmes, avec une première publication en 1942, aidé financièrement par famille et amis. Mais les camps de travail en Allemagne lui sont imposés. Il y travaille dans une usine de production d’aéroplanes. Revenant pour une courte période à Paris, il refuse de retourner en Allemagne et reste alors dans la clandestinité. Brassens restera plus de 20 ans, dans cette maison sans confort et très modeste, dans laquelle sa tante Jeanne l’héberge. Les animaux sont nombreux dans leur cour dont la fameuse « canne  de Jeanne ».

Georges Brassens chanteur francais engagé politiquement

Brassens en spectacle
Brassens en spectacle

En 46, il se rapproche des milieux libertaires et affirme son anticléricalisme et son antimilitarisme. Il écrit dans un journal anarchiste. Moins engagé dans ses chansons que Léo Ferré ( Georges Brassens préfère une approche plus indirecte. Il le fait par les paroles de ses chansons. Il lutte contre les conventions, la religion, la fermeture des esprits, l’intolérance. Le rejet des conventions sociales, la défense des laissés-pour-compte la société, font partie de ses chansons.

Il lit les grands auteurs anarchistes (Proudhon, Bakounine…), Il est persuadé, comme eux, que nous sommes opprimés par les institutions sociales, représentées par l’Etat, la police, la justice, la religion, les nations…

L’anarchisme du temps de Brassens.

Rendons hommage à Brassens en disant quelques mots sur l’anarchisme.

« L’existence de Dieu implique l’abdication de la raison et de la justice humaine, elle est la négation de l’humaine liberté et aboutit nécessairement à un esclavage non seulement théorique mais pratique. »
écrivait Bakounine. Ou encore, « un sentiment légitime, naturel, base de la liberté, se révolte en tout homme contre toute mesure imposée, eût-elle même la liberté pour but. ». Bref, ni dieu ni maître !

L’individu est contraint par le groupe, trop prégnant. L’institution, le pouvoir, contraignent l’expression d’une forme de liberté de l’intelligence et des capacités. Refus des règles qui compriment la liberté, et certainement pas celles de la bourgeoisie, de la religion, du conformisme.

Le 19ème siècle voit plusieurs courants de pensée sur l’anarchie se développer : le libertaire refuse l’ordre conventionnel, l’institution, l’autorité. Mode de vie, liberté individuelle dans une solidarité collective, autogestion : « de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ». Cet apophtegme de Louis Blanc résume bien une philosophie du vivre ensemble anarchiste. Le rejet du pouvoir, de l’accumulation de propriété, de la religion qui asservit l’esprit, perlent dans les chansons de Georges Brassens.

Brassens ne changera pas de cap avec l’âge, ses convictions resteront fortes et ses chansons en témoigneront.

Georges Brassens , le succès après le doute

Georges Brassens le gorille
Georges Brassens le gorille

C’est la période d’écriture de nombreuses chansons qui connaîtront un beau succès. « La chasse aux papillons », « Le gorille », « j’ai rendez-vous avec vous », « Il n’y a pas d’amour heureux ».

Brassens a beau essayé de se faire reconnaître, les auditions qu’il passe ne donnent rien. Trop de trac, trop intimidé, bref pas du tout convaincant ! Décourageant, certes. Moralité : pour devenir célèbre et faire ce que l’on veut, il faut souvent essuyer des échecs. Il semblerait qu’Einstein ait dit qu’ « Il n’y a pas d’échec, il n’y a que des abandons ». Il aura quant à lui un début pour le moins difficile. Brassens fût obligé de travailler dans un sombre bureau d’enregistrement de brevets, rejeté par les universités qui le courtiseront par la suite !

Brassens et Patachou

Des amis font rencontrer Brassens à Patachou (chanteuse française de renom international) qui lui propose de se produire dans son cabaret à Montmartre. Aidé par Patachou, il saura aussi soutenir d’autres artistes ( comme Maxime Leforestier).

Les rencontres, les rencontres… essentielles pour avoir le tremplin pour se lancer.

C’est encore Patachou qui permet à Georges Brassens de faire une autre rencontre. Jacques Canetti, directeur artistique de Philips lui fait signer un contrat en vue d’enregistrer de prochains disques. Les premiers enregistrements posent problème. « Le gorille » fait réagir très négativement certains chez Philips. Ceci conduit à enregistrer sur le label Polydor nouvellement acquis par Philips, afin de ne pas risquer d’entacher la réputation du label Philips ! Le chemin est plein d’embûches et de freins pour ceux qui bousculent les conventions !

Des problèmes de santé l’accablent pendant des années et le contraignent énormément.

Malgré cela, tout va s’enchaîner alors pour Brassens, une première télévision, une première tournée en France et à l’international avec Patachou et les Frères Jacques.

Ses chansons choquent ou plaisent, et ce côté clivant augmente sa notoriété. Tout le monde veut accueillir Brassens dans sa salle, son cabaret, à partir des années 50. Il triomphe à Bobino en 1953, puis à l’Olympia : plus rien n’arrêtera son succès. Il y joue avec Pierre Nicolas, contrebassiste, avec lequel il sévira pendant 30 ans.

Tant de chansons s’enchaînent. « Les copains d’abord », LA chanson de Brassens, est composée pour un film en 1965 et connaît un très vif succès. A Bobino il est en alternance, avec Barbara, Serge Lama, Boby Lapointe etc. La reconnaissance de ses pairs est acquise. Il chante même avec Charles Trenet en 1966, une forme d’aboutissement bien que partiellement décevant comme il le dira

Son tout dernier album sort en 1976.

Brassens, la guitare pour tous !

Georges Brassens aura rencontré Jacques Brel, se produit avec Juliette Gréco, puis Philippe Chatel, Maxime Le forestier… Aller stop, les rencontres sont à la hauteur de son succès… stratosphériques!

Brassens aura écrit ses textes et sa musique, mais aura également repris des poèmes et textes d’autres auteurs. C’est le cas pour François Villon, Victor Hugo, Louis Aragon ou encore Paul Verlaine.

Brassens aura su bousculer la société avec fermeté mais douceur, dans de nombreuses chansons. Des paroles marquantes sur des musiques simples mais efficaces.

Pas besoin de compliquer la musique pour faire des chansons qui fusionnent paroles et musique dans un ensemble harmonieux. Répétitifs souvent, ses thèmes musicaux auraient pu lasser. Mais les paroles viennent soutenir notre attention pour mieux nous imprégner des motifs musicaux.

Avez-vous essayé de jouer les chansons de Brassens à la guitare ? Ça paraît simple mais c’est compliqué de jouer exactement comme lui. Pour autant, les interpréter à notre façon est tout à fait à notre portée, sans être un grand guitariste ! Essayez donc « les copains d’abord » : Ré, Mi7, Sol … incroyable de faire de telles chansons avec si peu d’accord simples et accessibles ! C’est sans aucun doute aussi cela le vrai talent pour la chanson francaise de qualité !

Brassens : du bel œuvre, pour un homme de bien, bel et bien !

Écrit par Serge Para

ma chanson française