Le rap francais
Le rap francais

Le RAP francais

Le terme rap en anglais signifie « frapper sur, cogner sur » ou encore « sermonner quelqu’un » ou encore « bavardage » (plutôt américain). Le site Alphaloop nous dit « parler ouvertement ou franchement », « prononcer vigoureusement ou soudainement ». Certains on transformé les trois lettres en « rhythm and poetry » ou encore « rock against police »… Bref depuis l’expression de départ, le terme rap a été source de nombreuses expressions de circonstance et porte en lui une certaine approche.

Le terme été utilisé dans les années 70 pour décrire un style, la musique rap, utilisant des paroles qui était dites plutôt que chantées, qui portaient un message, la description d’une situation personnelle voire intérieure ou collective.

Le hip hop

Herc : la naissance du hip hop et les soundsystems
Herc : la naissance du hip hop et les soundsystems

Le premier rappeur reconnu est Herc. DJ Kool Herc. Il était américain/jamaïcain, disc jokey, et a lancé la musique hip hop ) (le « punck noir ») dans les débuts des années 70 aux Etats-Unis, dans le Bronx, où les gangs étaient les maîtres des rues. Inspirées par les musiques de James Brown, les compositions de Herc du genre hard funk, se veulent une réaction face à la violence de ces gangs du point de vue sociétal et une réaction à la montée du disco du point de vue musical. Herc utilise ce qu’on appelle alors les « breaks » en les magnifiant et en les passant en boucle utilisant son « sound system ». Ces boucles sont les «  break beats » qui permettaient aux danseurs hip hop de s’exprimer pleinement dans un mélange de danse gestuelle, gymnastique ou encore arts martiaux.

Le « sound system » vient des ghettos de Jamaïque dans les années 40 – 50. Les populations pauvres et noires n’avaient pas accès aux salles de concerts ou aux clubs de musique réservés aux blancs. Il restait la rue pour que ces populations puissent écouter ou s’exprimer par la musique : la street party était née. Il s’agissait alors de transporter les moyens de sonorisation, dans des camions notamment : lecteurs de disques pour l’époque.

Herc fermait ainsi des rues pour s’y produire. Il pensa à utiliser plusieurs platines (lecteurs disques) simultanément pour réutiliser plusieurs séquences rythmées, des breaks, créant ainsi le style hip-hop qui s’est diffusé dans les ghettos noirs américains.

Dans les années 60- 70, soulignons l’influence de James Brown dont les chansons ont servi à l’origine au hip hop et au rap. La musique rythmée, avec des chants parfois saccadés, voire parlés ou déclamés, des paroles engagées voire violentes feront du rap un style à part entière.

Le rap

La breakdance
La breakdance

Le hip hop était alors un genre culturellement marqué. Il a donné naissance au rap en tant que style musical voire style de vie et mode d’expression sociétal, mais aussi a conduit à l’affirmation d’une danse hip hop par exemple. Elle regroupait plusieurs styles de danses populaires dont le breakdance apparu dans les années 60 à New York. Danses de rues, danses acrobatiques, danses au sol, les danseurs de breakdance sont les Bboy ou les Bgirl… Comme bien entendu, tout est évolution, le breakdance, a des sources plus lointaines, certains y voyant des influences de danses africaines ou sud-américaines, véhiculées par des afro-américains et latino-américains.

Rap : le maître de cérémonies
Rap : le maître de cérémonies
Mc one rappeur.. Ou Maitre de ceremonie rap…. moins funèbre… MC one
Mc one rappeur.. Ou Maitre de ceremonie rap…. moins funèbre… MC one

Au départ les raps étaient des rimes courtes et simples permettant de lancer ou scander des soirées en annonce et appui de l’intervenant principal : le disc jokey. C’est le Maître de Cérémonie, qui était chargé de claironner ces raps. Les premiers ont été réalisés par ces MC (Maîtres de Cérémonie) qui faisaient des rimes toutes simples pour mettre l’ambiance. On retrouve des deux lettres – MC – tout au long de l’histoire du rap et des noms qui y sont associés, comme MC Solaar par exemple. Tout d’abord destiné au soutien des « disc jockey » (DJ), le rap devint ainsi un style d’expression vocale, avec une diction rythmée faite de rimes avec couplets et refrains généralement.

DJ et MC

Le DJ de clubs ou boîtes de nuit, style musique disco en particulier, devaient assurer une continuité musicale avec des transitions douces et naturelles. Le hip hop puis le rap se centraient au contraire sur l’utilisation récurrente et le mélange de parties rythmées de mêmes morceaux utilisés sur deux platines, (les breaks). Sur ces bases se rajoutaient des reprises de parties instrumentales d’autres morceaux musicaux (samples) qui eux-mêmes pouvaient être de tous styles (rock dico, funk etc). Bref composer certes, mais composer en réutilisant, absolument !

Le MC était au service des DJ, mais les rôles ont évolué par la suite. Les MC ont donné au rap ses lettres de noblesses.

La boîtes à rythmes (beat boxes ou drum machines) ont permis par la suite de passer de la seule utilisation de musiques existantes à l’utilisation de séquences originales composées. Les parties rythmées sont devenues essentielles pour le rap, les boîtes à rythmes intégrant alors des sons percussifs, puissants souvent en arrière plan. Les technologies évoluant, les échantillonneurs (samplers en engliche) ont permis d’enregistrer des séquences musicales, ouvrant la porte à de nombreuses réutilisations d’échantillons musicaux de chansons existantes ou d’instruments divers donnant au rap une panoplie étendue de sources de composition.

Parlons enfin de la capacité à déclamer rapidement les paroles par la voix : le flow de la chanson hip hop et rap, conduisant à de véritable performances de diction. La façon d’énoncer, de dire, l’intonation, surpassent par son importance ce qui est dit. La diction doit utiliser le texte pour le sublimer. C’est cette diction qui devient finalement le critère déterminant dans l’évaluation du rappeur. Bèques s’abstenir… quoique…

Les années rap

Le rap se développe rapidement pendant ces années 80. Dans la prolongation des fondations du hip hop, il s’étend dans les quartiers difficiles. Révolte de le jeunesse, revendications, mal-être social, aboutissent à un styles aux paroles violentes, sans retenues, dans une sorte de course à la provocation. Le public est alors majoritairement noir et les rappeurs dénoncent tout particulièrement le racisme.

NWA le hip hop new yorkais
NWA le hip hop new yorkais

DJ et DC deviennent de vrais duos artistiques. Dans la fin des années 80 puis dans les années 90. C’est le cas de Gang Starr par exemple. Différents styles sont issus des années 80. Niggaz Wit Attitudes (NWA) groupe hip hop de New York, lance par exemple le gangsta rap, avec de textes d’une grande vulgarité, ce qui ne l’empêche pas de vendre des millions de disques. L’album « Straight Outta Compton » est un des disques mythique du hip hop. Le rap de Los Angeles n’est pas en reste avec le G-funk, il utilise des samples de funk.

L’expansion

Les rappeurs de mêmes quartiers se groupent en équipes, les crews et sont en concurrence, phénomène qu’on retrouvera aussi dans le rap francais plus tard.

Le rap en groupe
Le rap en groupe

Avec le temps, le rap a quitté le monde exclusif des populations noires pour connaître le succès dans le monde des blancs. Chaque pays ou continent a développé son propre style dans les année 90, comme l’Europe mais aussi l’Afrique ou l’Asie. Politique ou engagé, poétique ou plus variété, violent et vulgaire, homophobe ou misogyne, le rap a eu différentes évolutions selon les courants. Le pire et le meilleur se sont côtoyés et se côtoient encore. Dénonciation de la répression politique, réelle ou supposée, du chômage et la précarité, du racisme, du pouvoir, mais aussi mêlant femmes, voitures, armes etc, jouant sur les fantasmes parfois les plus terribles, les rappeurs témoignent de leur vie ou s’inventent des passés pour appuyer leurs textes.

La réussite de ces styles a conduit bien entendu à l’émergence d’un business très important, transformant le rap et ses excès, en un produit dans lequel l’outrancier peut être une technique marketing (voir par exemple les débuts d’Orelsan et de Maître Gims pour donner des exemples français)… triste ! Comme la pop ou le rock par exemple, les labels et la chanson business ont pris bien souvent le dessus pour formater et industrialiser le rap en le faisant entrer dans des cadres précis permettant d’augmenter les revenus plutôt que de favoriser l’émergence de talents ou augmenter la qualité musicale : ainsi va le business de la plupart des labels connus.

Le rap francais

Ministère AMER, NTM, MC Sollar, IAM, sont parmi les principaux groupes ou rappeurs ayant marqué les débuts du rap francais, dans les années 80 puis 90.

Années 70

NTM Joeystarr et KoolShen
NTM Joeystarr et KoolShen

Durant les années 70, une évolution notable des firmes françaises de musique s’est produite, notamment avec l’extension de firmes anglo-saxonnes dans le business français. Les boîtes de nuits et le disco, paradoxalement, v ont aider le rap américain à s’infiltrer progressivement dans l’univers musical français. Le 45 tours vinyle est le support privilégié d’alors pour la diffusion des chansons et tubes musicaux. Juste avant la fin des années 80, la société Vogue diffuse un single du groupe Sugarhill Gang : « Rapper’s delight ». Du genre disco, le single a cependant une particularité : il n’est ni chanté ni parlé. Il connaît un grand succès dans les discothèques en France et fait connaître largement le style anglo-saxon.

Années 80 – 90

Chagrin d’amour le début du rap francais !
Chagrin d’amour le début du rap francais !

Paradoxalement, l’apparition du rap aux Etats Unis s’est faite de la rue vers les radios et l’industrie musicale, mais en France elle s’est faite des médias vers la rue et les quartiers dits défavorisés. Il se fait connaître aussi voire surtout par des artistes de variété à la recherche de nouveautés, qui intègrent des caractéristiques du hip hop et du rap dans leurs chansons. C’est le cas, entre autre, pour le titre de « Chagrin d’amour » « chacun fait fait fait, c’qui lui plaît plaît plaît… » qui connaît un très gros succès : une musique qui se retient bien style variété, des paroles parlées/chantées. Des salles comme le Bataclan avaient ouvert leurs portes à ce rap nouveau, mais aussi des « free jams » apparaissaient sur des terrains vagues de banlieue parisienne. Enfin les radios libres autorisées sous la présidence de François Mitterrand, apportent un souffle de diversité qui inonde les ondes, le rap en tirant profit. Dans la deuxième partie des années 80, quelques émissions lui sont consacrées permettant à des MC Solaar ou encore Passi, NTM, Puppa de se lancer dans des impros en direct sur les ondes, les freestyles (en anglais pour le rap francais…).

OxmoPucciono rappeur francais
OxmoPucciono rappeur francais
OxmoPucciono rappeur francais
OxmoPucciono rappeur francais

Début des années 90, voit des albums uniquement rap sortir. MC Solaar marque cette époque et aide à la diffusion du style sur les radios plus établies, avec une approche par la poésie de certaines de ses chansons. « Qui sème le vent récolte la tempête » est un album qui se vend à plus de 400 000 exemplaires ! Il est suivi par des IAM, NTM ou encore Assassin. Deux genres s’affirment : l’un aux paroles positives, l’autre aux messages de révoltes et de rejet.

La bataille des labels

La période des productions indépendantes (en opposition aux grands labels) est venue, souvent construits autour de collectifs de rappeurs. « Time Bomb » est exemple emblématique de ces labels indépendants avec des titres comme « Pucc’fiction » (Oxmo Pucciono) ou encore « le crime paie » (Lunatic).

Les labels majeurs ne sont pas en reste cependant et « récupèrent » certains collectifs comme « Secteur Ä », créé par des membres de Ministère AMER qui viennent pour la plupart des quartiers de Sarcelles ou Garges-les-Gonnesse : plus de 6 millions de disques vendus ! Pas mal !

Le bien et le mal se côtoient… comme dans le cas de ce grand groupe, NTM pour ne pas le citer, dont l’entourage égorgea un chien dans un studio d’enregistrement… lamentable.

Medine
Medine

Années 90 – 2000

Diam’s avant…
Diam’s avant…
Diam’s .. après
Diam’s .. après

La fin des années 90 et les années 2000 voient apparaître de nouveaux artistes pour un nouveau rap. Booba, Diam’s, Soprano, Orelsan etc. souvent au style plus électronique et plus rythmé, même si en fait de nombreuses tendances voient le jour. Petit à petit, les messages politiques et sociétaux des années 90, sont remplacés par des tendances de rap forçant le trait sur des messages volontairement violents, choquants, provocants, ce qui contribue à les cantonner chacun dans son public, plutôt que l’étendre, au moins dans au premier temps, car choquer est aussi un bon atout commercial : rap de rue et rap plus américain s’affrontent.

En s’approchant des années 2010, un rap religieux musulman, comme Medine par exemple.

 

Le rap est devenu l’outil musical des banlieues dans ses différentes composantes, quitte à ce qu’elles s’opposent, recréent d’une certaine façon ces gangs que condamnait le premier Hip hop américain !

Bigflo&Oli en concert
Bigflo&Oli en concert

Internet aide à la diffusion de nouveaux artistes à la fin des années 90 et surtout dans les années 2000, comme Orelsan par exemple. On voit alors apparaître des Sexion d’Assaut (créé en 2002, il regroupe plusieurs MC dont Maître Gims) ou encore Bigflo&Oli (premier album disque de platine en 2015 !)

Durant cette décennie, le rap français se démocratise largement et est écouté par des jeunes de toutes classes et milieux sociaux.

Une nouvells génération talentueuse prend le relais, mais a souvent su mal à percer dans un monde du rap tenu dorénavant par les labels business. Sopico fait partie de cette nouvelle génération par exemple.

Le rap : des tendances

Durant toutes ces années, diverses tendances de rap sont à noter, tendances que nous ne décrirons pas ici en détail.

L’ alternatif, qui se veut ouvert sur d’autres styles musicaux, rejeté par des adeptes du rap de rue, le trouvant embourgeoisé.

Le poétique Durant les années 90 et 2000, ce style connaît un grand succès (MC Solaar par exemple), la période étant considérée par beaucoup comme la plus belle période du rap francais.

L’egotrip. Le trip c’est de faire exploser son ego à la face de tous : le rappeur de ce genre est le seul bien entendu à être un vrai rappeur. Lutte ou combat de mots, ce style permet finalement à chacun de se lancer dans des rimes libres, sans grande structure et sens souvent, des punchlines (en french !) permettant de plaire au public et de dominer l’adversaire. Sexion d’Assaut ou Booba sont des exemples qui sont intervenus dans ce style.

Chilla une rappeuse
Chilla une rappeuse

L ’Iencli (verlan de « client », celui qui vient acheter dans les banlieues auprès des dealers mais n’en fait pas partie) est un genre qui se veut plus commercial, porté des rappeurs qui ne font plus expressément références aux banlieues. Orelsan ou la rappeuse Chilla en sont des exemples. Un style récupéré par ceux qui veulent faire du business mais ne sont pas issu du sérail selon certains.

Le rappeur Booba
Le rappeur Booba
NWA le gangsta
NWA le gangsta

le gangsta, ou bling bling en référence au port ostentatoire de chaînes et autres bijoux en or : hymne au paraître, à la consommation, au machisme, au « fric» etc. La rap gangsta renvoyait aux Etats Unis à ces gangs illégaux américains. Booba en est un exemple. C’est un genre qui valorise l’individualisme et la réussite (financière) personnelle.

Lunatic : du rap hardcore
Lunatic : du rap hardcore

Le hardcore

Avec ce genre on s’accroche encore un peu plus : revendication, révolte, rejet des autorités, valorisation de la violence en particulier contre la police, forme de nihilisme sociétal. Le hardcore est venu de la côte ouest des Etats Unis. En France, Joeystarr (groupe Suprême NTM), Lunatic.

Le politique ou le conscient

Ce genre veut dénoncer les injustices : social, racisme, identité, extrême droite, écologie… NTM, Médine … même si certains rappeurs sont aussi nationalistes et soutiennent les partis d’extrême droite ce n’est en général pas le cas… La politique et le rap peuvent avoir des rapports schizophrènes.

Le « variété »…ou le commercial

Bien entendu certains rappeurs ou disons artistes se sont rapprochés de la variété pour étendre leur audience, voire leur succès, dont le succès financier. Moins agressifs bien entendu (au moins dans un second temps), on trouve dans cette tendance pragmatique et intéressée des Maître Gims ou encore des Doc Gynéco ancien du groupe Ministère AMER.

Etc..

Conclusion ?

Bon, que conclure… ? Plein de vie et de profusion le rap, allant de l’engagement au commercial en passant la poésie, par les excès de l’homophobie, du machisme et de la misogynie… il est un peu comme le monde le rap, plein de tendances, de contradictions, de communautarisme excessif, de luttes et de rancœurs, plein de bons et de mauvais …

un peu la vie quoi…