COMPOSITION ET CHANSON :

LA CONSTRUCTION DES ACCORDS DE BASE 

Des ingrédients indispensables à la composition d’une chanson.

Résumé : comment écrire une chanson, accord guitare., accord piano

Composer une chanson
Composer une chanson

Comment écrire une chanson ? Pour composer une chanson vous avez besoin de plusieurs ingrédients, quatre en principe ou plutôt trois plus un : d’abord une mélodie, c’est ce nous conservons dans la tête, c’est ce qu’on est capable de siffler instantanément, c’est ce qui va souvent permettre de distinguer telle ou telle chanson. Puis il y a le texte, les paroles qui vont « coller » à la mélodie, et plus les paroles « collent » à cette mélodie, plus la chanson sera « reconnaissable », en principe une syllabe par note. Ensuite l’harmonie, c’est-à-dire la construction et l’enchaînement des accords qui vont accompagner la mélodie et l’enrichir. Avec ces trois ingrédients on construit une chanson. Enfin les arrangements, qu’ils soient mélodiques, harmoniques, rythmiques, instrumentaux, c’est en fait la façon de jouer, la couleur qu’on veut lui donner. En résumé, la chanson c’est un texte, une mélodie, et l’harmonie qui accompagne la mélodie, les arrangements seront plus liés à l’interprète qu’à la chanson elle-même.

Texte, mélodie, harmonie mais dans quel ordre ?

Une construction simultanée

On pourrait imaginer que dans la composition, c’est la mélodie, ou le texte qui va venir en premier. En fait les ingrédients sont rarement utilisés séparément. La mélodie et le texte se construisent souvent ensemble, afin de faire résonner les sons, le rythme et les mots ensemble, voire même également et souvent en même temps que l’harmonie, c’est-à-dire l’enchaînement des accords qui vont accompagner la mélodie en cours de création. Il y a toutefois deux exceptions notables à cette règle.

Le texte qui précède la mélodie

D’abord le cas d’un poème que l’on veut mettre en musique. On peut citer à ce titre « le serpent qui danse » de Charles Baudelaire qui a été mis en musique par Léo Ferré en 57 ou Serge Gainsbourg en 62 , également « la croix pour l’ombre », texte de Louis Aragon qui a fait l’objet de la chanson de Jean Ferrat « Aimer à perdre la raison ».

La mélodie qui précède le texte

A l’inverse nombreuses sont les chansons construites à partir d’une mélodie existante sur la quelle un parolier est venu mettre un texte. On peut citer par exemple « les feuilles mortes », au départ un thème instrumental de Joseph Kosma sur lequel Jacques Prévert est venu mettre un texte chanté pour la première fois par Yves Montant dans le film « les portes de la nuit » de Marcel Carné.

Beaucoup de chansons de Claude Nougaro rentrent dans cette catégorie qui sont au départ des standards de jazz sur lesquels Nougaro est venu adapter des paroles Françaises. On pourrait également citer le cas extrême des « doubles six », fantastique formation musicale des années 60 dirigée par Mimi Perrin et qui non seulement reprenait des thèmes musicaux de standards de jazz pour y mettre des paroles françaises, mais en plus chantait avec des paroles françaises les chorus improvisés par les musiciens de jazz sur certains enregistrements.

Composition et chanson : l’harmonie, qui met en valeur la mélodie

Une fois ces principes posés écoutons plus en détail les chansons françaises chantées par des artistes comme Edith Piaf, Charles Trenet, Gainsbourg, Nougaro ou encore Salvador. Pourquoi ces compositions sont-elles si riches ? bien sûr il y a les textes, mais reconnaissons qu’ils peuvent être de qualité très variable selon les chanteurs. Il y a surement une résonnance particulière entre les mots et la mélodie, mais surtout il y a une harmonie particulièrement riche qui enrobe la mélodie et la met en valeur. Parfois ce sont des mélodies soutenues par une harmonie qui ont été créées en premier comme on l’a vu plus haut et sur lequel des textes ont été mis, parfois le compositeur a créé le texte/la mélodie/l’harmonie directement en même temps et souvent dans ce cas, la chanson qui en résulte sonne particulièrement bien. Les mots résonnent non seulement avec la mélodie mais également avec l’harmonie qui la soutient. Alors en plus de l’inspiration, quand on compose, la connaissance des règles de base de l’harmonie est une réelle plus value pour construire des chansons à succès.

Ce sont ces règles de base de l’harmonie que cette série d’articles se propose de passer en revue. Elle est donc destinée aux chanteurs compositeurs amateurs qui veulent comprendre et approfondir la connaissance de l’harmonie pour améliorer leur composition. La découverte sera très progressive en partant des notions les plus simples, pour arriver au final aux notions plus complexes qui permettent de décortiquer les chansons les plus élaborées.

Et dans ce premier volet nous allons apprendre la construction des accords de base.

 

La construction des accords de quatre sons

Parlons déjà des accords de trois sons

La notation américaine

Composer : les accords
Composer : les accords

Quand, jeune ado, on vient de recevoir en cadeau une guitare, le premier réflexe est de se faire montrer les accords de guitare de base en bas du manche : Do, Re mineure, La mineure, Mi septième, Sol etc…avec ceux-là on réussit rapidement à jouer bon nombre de chansons…on ne sait pas trop ce qu’ils contiennent mais qu’importe, certains nous parlent de « grille » mais tout cela nous semble un peu trop compliqué ! Evidemment on va se retrouver bloquer rapidement ! D’ailleurs pour faire un premier déblocage, il faut passer par l’apprentissage de la notation américaine des accords. Tous les accords de la musique actuelle sont libellés avec des lettres, il faut donc y passer : c’est simple en partant de A pour le La, on monte les lettres de l’alphabet. A pour La donc, B pour Si, C pour Do, D pour Ré, E pour Mi, F pour Fa, G pour Sol. C’est simple, au début on rame un peu mais rapidement cela devient un réflexe et on ne parle plus qu’en lettres.

Notes et construction d’un accord de trois sons

Revenons à notre ado qui s’essaie sur sa gratte, Do, La mineur… non maintenant il s’agit donc des accords C, Am, m c’est pour mineur, M se sera pour majeur. A ce stade, il faut passer un petit moment sur la construction d’accord et ce que sont les accords majeurs et mineurs. Un accord c’est un ensemble de notes jouées en même temps où en arpège c’est-à-dire les unes après les autres mais formant un seul ensemble du point de vue harmonique. Quand votre main frappe plusieurs notes sur le piano en même temps, vous jouez un accord, idem pour le guitariste.

Comment construire un accord de trois sons (Trois sons cela veut dire que vous jouez trois notes seulement, éventuellement répétées mais il n’y a que trois notes différentes) : pour simplifier dans un premier temps (nous reviendrons la dessus plus tard avec la complexité qu’il faudra quand il faudra !) prenons l’énumération des notes telles qu’on les apprend à l’école (appelons cette énumération : la première liste) : Do, Ré, Mi, Fa, Sol, La, Si, Do (c’est l’octave), Ré, Mi etc. ; pour construire un accord de trois sons on choisit une note qui lui donnera son nom puis la 3ème note et la 5ème note dans l’énumération ci-dessus . Pour un accord de Do (C) ce sera Do, Mi, Sol, la première note s’appelle la fondamentale, la suivante (3ème) la tierce et la suivante (5ème) la quinte, pour un Fa (F) : Fa, La, Do. Pour un Sol (G) : Sol, Si, Ré.

Ton et ½ ton

En fait il ne faut pas parler des 7 notes de Do à Si mais des 12 notes en y incluant les dièses ou bémols. Vous vous souvenez des tons et demi tons (la « distance » qui existe entre les notes) : entre chaque note de la première liste ci-dessus il y a un ton sauf entre Mi et Fa et Si et Do pour lesquelles la « distance » est de ½ ton. Pour simplifier on va considérer la deuxième liste de notes ci-dessous (# veut dire dièse et b veut dire bémol) :

Do Do# ou Réb Ré# ou Mib Mi Fa Fa# ou Solb Sol Sol# ou Lab La La# ou Sib Si Do
Composition de musique
Composition de musique

Entre les notes de chacune de ces cases il y a une distance de ½ ton. Gardez en mémoire ce tableau, il nous permettra de construire tous les accords qu’il nous faudra. Les # ou b sont les touches noires du piano, les autres les touches blanches du piano. Chaque case représente l’espace entre deux frettes de guitare !

Tierce majeure et tierce mineure

Reprenons notre accord de trois sons. Quand, entre la note fondamentale (celle qui donne le nom à l’accord) et la tierce il y a deux tons on dit que l’accord est majeur et la tierce (la distance, on dit aussi l’intervalle, entre la fondamentale et la tierce) est majeure. Lorsqu’il y a un ton ½ on dit qu’il est mineur et la tierce mineure. Et entre la note fondamentale et la quinte il y a en fait 3 tons ½ pour une quinte dite « juste » (on verra plus tard qu’elle peut prendre d’autres valeurs).

Do Majeur en accord de trois sons s’écrira donc CMajeur ou CM ou C (quand il est majeur on oublie souvent le « M »).

Do Majeur s’écrira C = Do, Mi, Sol Do mineur s’écrira Cm = Do, Mib, Sol
Fa Majeur s’écrira F = Fa, La, Do Fa mineur s’écrira Fm = Fa, Lab, Do
La Majeur s’écrira A = La, Do#, Mi La mineur s’écrira Am = La, Do, Mi
Eb Majeur s’écrira Eb = Eb, Sol, Sib Eb mineur s’écrira Ebm = Mib, Solb, Sib

Etc.

Entraînez vous à construire ces accords majeurs et mineurs, éventuellement jouez les au piano, où en les arpégeant (c’est à dire, les notes les unes après les autres) si vous jouez d’un instrument à vent.

A ce stade ce qui est important est de sentir les « couleurs » différentes, écoutez ces accords majeurs C et F :

Et voici les mêmes en mineur Cm et Fm

Les accords de 4 sons avec la septième

Ne pas s’arrêter aux accords de trois sons

Quand on veut composer on ne peut s’arrêter aux accords de trois sons, écoutez ces trois accords majeurs de Do, vous allez rapidement comprendre pourquoi :

Ils contiennent la même Fondamentale (Do), la même tierce majeure (Mi) et la même quinte juste (Sol) et pourtant leur « couleur » est bien différente. En fait leur « fonction » harmonique est effectivement complétement différente. Le premier est un Do majeur avec trois sons : fondamentale, tierce Majeure, quinte juste (Do, Mi, Sol) , le deuxième est un Do Majeur mais en accord de quatre sons avec une septième (la septième note de la première liste en partant de la fondamentale) dite mineure (un Si bémol quand la fondamentale est un Do, soit un ton au-dessous de l’octave : Do, Mi, Sol, Sib ), l’autre est un Do Majeur avec une septième dite Majeure (un Si quand la fondamentale est un Do, soit ½ ton au-dessous de l’octave : Do, Mi, Sol, Si).

Septième mineure et septième majeure

Lorsque vous plaquez un accord de Do avec trois sons (Do, Mi, Sol) pour accompagner une mélodie, vous comprenez bien qu’une question va se poser : quelle est la septième ? Si la mélodie contient un Sib (qui ne soit pas une note de passage) il s’agira d’un C Majeur dont la septième est mineure, si au contraire la mélodie contient un Si (qui ne soit pas non plus une note de passage) il s’agira d’un C Majeur avec une 7ème majeure. Dans le premier cas le morceau est sans doute dans la tonalité de Fa (nous reviendrons sur cette notion de tonalité) dans le deuxième cas le morceau est sans doute dans la tonalité de Do, voire de Sol. Et si la mélodie ne contient ni Si ou Sib de quel accord s’agit-il ? Eh bien tout dépendra de l’enchaînement des accords, ce sera le contexte qui le dira.

Pour l’instant retenons donc que l’accord de quatre sons est construit de la façon suivante : la fondamentale (le nom de l’accord), la tierce (Majeure ou mineure), la quinte, la septième (Majeure ou mineure). Petite remarque, cette note septième majeure, est également appelée « note sensible » en théorie musicale, on comprendra pourquoi plus tard.

Composition et chanson : la notation des accords de 4 sons

Comme on l’a indiqué, l’accord prend le nom de la fondamentale. Un accord de Do s’écrira C, de Fa F, de Mib, Eb, de Sib, Bb etc.

S’il est Majeur (sa tierce est Majeure) et sa septième Majeur, il est noté CMaj7 (Do, Mi, Sol, Si) ou C∆ ou encore C∆7

S’il est Majeur et sa septième est mineure, il est noté C7 (Do, Mi, Sol, Sib), c’est le fameux accord de blues.

S’il est mineur (sa tierce est mineure) et sa septième est mineure, il est noté Cm7 (Do, Mib, Sol, Sib) Parfois on trouvera des notations ou le m est remplacé par un – dans ce cas il s’écrirait C-7.

Le dernier cas de l’accord mineur avec sa septième majeur est assez rare dans la chanson française, il serait noté C-∆7 ou encore Cm∆7. Ecoutez les couleurs de C∆7, puis C7, Cm7, Cm∆7

Le cas particulier de la quinte

Jusqu’à présent nous avons toujours parlé de quinte juste : trois ton ½ au dessus de la fondamentale. En fait, on peut toujours construire un accord en diminuant l’écart entre fondamentale et quinte d’1/2 ton on dit que la quinte est alors « « diminuée », si au contraire on augmente la quinte d’1/2 ton, elle sera alors « augmentée ». En général, ce cas se présentera pour les accords de septième mineure qu’on appelle directement accords de septième (C7 ou Cm7 pour un accord de Do).

Pour Do majeur on aura alors C7#5 ou C7b5 ou encore C75+ ou C75- selon les notations avec C7#5 = Do, Mi, Sol#, Sib et C7b5 = Do, Mi, Solb, Sib

Pour Do mineur on aura alors Cm7b5 qui peut s’écrire également C-7b5, le cas d’une quinte augmentée pour les accords mineurs n’existe que très rarement (Cm7b5= Do , Mib, Solb, Sib )

Accord de quatre sons et gamme majeure

Pour terminer ce premier article, reprenons notre première liste de notes : Do, Ré, Mi, Fa, Sol, La, Si, Do, Ré etc.

Si nous construisons les accords en prenant successivement chaque note comme fondamentale, puis la 3ème note pour la tierce, la cinquième pour la quinte et la septième note de la liste pour la septième, on trouve alors les accords de quatre sons suivants :

Do , Mi, Sol, Si = C∆7 Mi, Sol, Si , Ré = Em7 La, Do, Mi, Sol = Am7
, Fa, La, Do = Dm7 Fa, La, Do, Mi = F∆7 Sol, Si, Ré, Fa = G7 Si, Ré, Fa, La = Bm7b5

 

Ce qui signifie, à l’inverse, que si, par exemple, nous avons l’enchaînement d’accords suivant :

Am7 Dm7 G7 C∆7

 

alors toutes les notes de cette première liste (c’est en fait la gamme de Do majeur nous y reviendrons bien sur) sont cohérentes avec cette suite d’accords. Ecoutez cet exemple de mélodie prise avec des notes de cette gamme majeure de Do et utilisant cette suite:

Nous venons de faire le premier pas harmonique pour composer. La suite dans le prochain article.

Patrick Vabret